«Alors, ce retour en Suisse, pas trop difficile ?». Depuis que nous avons quitté Santa Fe en juillet dernier, je ne compte plus le nombre de fois où on nous a posé cette question certes bienveillante, mais plutôt équivoque. S’agit-il seulement du retour dans notre petite vi(ll)e en Suisse, ou du fait que nous rentrons sans Matthias ?

Evidemment, le contraste est rude entre Muri, 7000 habitants, et Santa Fe, capitale culturelle, spirituelle et historique, centre touristique cosmopolite, et paradis des randonneurs et des ornithologues. Mais après tout, nous sommes chez nous à Muri, enfin surtout Hannah et Marie. Ce qui me manque le plus ici, ce sont les horizons sans fin et le sentiment que tout est possible. Mais j’espère apprendre à élargir mon horizon et à repousser mes limites, ici aussi.

Hannah, Marie et moi nous étions préparées mentalement à retrouver une maison vide, remplie de l’absence de Matthias. Malgré tout, ça n’a pas été facile d’inventer de nouvelles routines sans lui. Heureusement, nous avons retrouvé aussi nos amis ici en Suisse, et nous savons que nous pouvons compter sur eux.

A Santa Fe, Hannah et Marie ont fréquenté une école pour filles géniale, dont les objectifs sont de renforcer l’autonomie, le sens critique et la conscience politique des élèves. De retour à Muri, Hannah a retrouvé avec plaisir son ancienne classe. Marie est entrée en sixième dans une classe très sympa où elle s’est rapidement fait de nombreux amis.

Avant de quitter les USA, nous avons profité du printemps et de l’été pour voyager. Nous avons passé le weekend pascal dans le White Sands National Monument, un désert féérique de dunes blanches à quatre heures de voiture de Santa Fe. Pendant les vacances de printemps, nous avons couvert 3000 km en dix jours pour visiter le Grand Canyon, le désert de l’Arizona en fleur et le Canyon de Chelly. Juste après la cérémonie de fin d’année à l’école, nous nous sommes envolées pour Vancouver, où nous avons été accueillies à bras ouverts par John et Jill Innes et fait la connaissance de Banjo, leur adorable drôle de chien. John avait été le chef de Matthias et le mien jusqu’en 1999, et notre visite chez eux nous a aidées à avancer dans notre deuil. Depuis novembre 2012, c’était la première fois que nous rencontrions des amis touchés par la mort de Matthias, et ça nous a fait du bien d’évoquer des souvenirs communs.

En juin, nous avons passé presque trois semaines de vacances en Californie, dont quatre jours mémorables chez Greg et Mary Biging, près de San Francisco. Greg avait été le prof et directeur de thèse de Matthias à Berkeley, et probablement aussi un peu comme son grand frère. Matthias avait passé sept ans à Berkeley avant de venir travailler en Suisse en 1994. Lors de notre congé sabbatique en 2004/2005, il avait adoré nous faire découvrir ses forêts, randonnées et parcs nationaux préférés – et aussi nous présenter à ses amis –, et c’est ce que j’ai fait en juin dernier.

Pendant l’année écoulée, nous nous sommes lentement rendues compte à quel point nous étions résilientes. Nous nous sommes fait de nouveaux amis, nous avons voyagé, assisté à des concerts, accueilli des invités, nous avons fait des travaux d’aménagement, et surtout, nous sommes restées unies. Les moments de tristesse se font moins nombreux. A tout moment, nous nous sentons entourées par l’amour de Matthias et celui de Dieu. J’ai bon espoir qu’il en sera de même l’année prochaine. C’est aussi ce que je vous souhaite.

Joyeux Noël et Bonne Année !

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